Colloque International


Patrimonialiser la mémoire diasporique

Du 11  au 13 mai 2018

3° SYMPOSIUM EUROPÉEN EN PARTENARIAT AVEC LE PROJET "PENSANDO GOA"


Le colloque international organisé dans le cadre du projet Pensando Goa (USP), par le laboratoire I.M.A.F./CNRS, lI.R.A.S.I.A., le Département d’Etudes Luso-brésiliennes et par la Chaire Eduardo Lourenço (Camões IP) s’inscrit dans un axe sur lequel l’Université d’Aix-Marseille a investi ces dix dernières années : l’étude de la valorisation scientifique et de la visibilité touristique des patrimoines matériels et immatériels.

            La mise en scène des pratiques et des savoirs suppose une association transdisciplinaire complexe que l’expérience des projets comme Pensando Goa peut aujourd’hui mobiliser au profit de la visibilité des patrimoines de Goa [et au-delà, des territoires « lusophones » orientaux et Atlantiques, au carrefour entre Economie, Littérature, Histoire, Histoire de l’Art, archéologie, Anthropologie, Linguistique.

             En matière des nouveaux axes de recherche transdisciplinaire, l’exemple de Goa (que nous étudions depuis 4 ans dans ce projet) représente une des multiples possibilités d’étude de cas qui, nous l’espérons, pourront être comparés dans nos débats. En effet, cet état de l’Inde possède non seulement un des plus riches patrimoines de l’Asie mais aussi un des plus grands potentiels touristiques du monde. Il occupait, dans l’imaginaire européen des voyageurs de l’Epoque Moderne, la place qu’occupe aujourd’hui Rio de Janeiro dans le désir de découverte du touriste occidental. Goa dispose d’un magnifique paysage côtier et rural, ainsi que d’un patrimoine culturel singulier. Cependant, son patrimoine matériel, reconnu par l’UNESCO, se trouve menacé par un nombre excessif de visites touristiques nationales et internationales et un investissement insuffisant dans les infrastructures d’accueil du public. Inversement, le patrimoine privé (palais, chapelles familiales, petits temples) n’arrive pas à se structurer en tant que secteur rentable, ce qui met également en danger son maintien et sa survie.

            Contrairement à Goa (et à la majeure partie de l’Asie) et des pays dits « des suds », beaucoup de pays occidentaux  avec une forte composante touristique ont réussi à attirer l’investissement d’institutions et des ressources gouvernementales dans la valorisation du patrimoine immatériel (savoirs, réseaux, techniques, langues, arts, musique, littératures, tradition orale et écrite) au vu du potentiel économique et de prestige (notamment la reconnaissance par l’UNESCO) que cela amènerait à constituer. 

            L’époque coloniale dite « portugaise » (XVIe-XXe siècles) intéressera une bonne partie des chercheurs du projet Pensando Goa qu’ AMU va accueillir à l’occasion de ce colloque (Projet qui regroupe 11 laboratoires associés et qui est coordonné par l’Université de São Paulo, au Brésil). Elle représente un potentiel important pour ce qui concerne les diasporas dans le sens large du terme. Mais au-delà, dans beaucoup d’autres régions du monde, les communautés qui possèdent une identité « diasporique », comme c’est le cas de celle de Goa (chrétiens, hindous, musulmans, arméniens, juifs….), constituent un vrai potentiel de dépôt de mémoire. Par ailleurs, outre la déjà très connue Amérique coloniale, l’Asie et l’Afrique coloniales représentent un nouveau segment de découverte pour le « tourisme de niche » occidental attentif aux critères de développement durable et de respect pour les populations locales. Ce phénomène séduit de plus en plus les investisseurs, inquiets de la possible menace de « zoologisation » des populations locales (c’est le cas par exemple, actuellement, de certains villages de tradition judaïque au Portugal par exemple).

 

            Les résultats de la recherche académique débouchent parfois sur la reproduction des mythes diasporiques dans certains groupes sociaux comme cela a été le cas de la communauté afro-brésilienne de Rio de Janeiro après la découverte et la patrimonialisation par l’UNESCO du cimetière des esclaves du Valongo. Pour cette raison, l’univers académique joue un rôle de premier plan dans ce processus de recréation, de réappropriation, et surtout de décolonisation de la mémoire, phénomène dans lequel il est l’un des acteurs.